Mon premier 6000

Classé dans : Bolivie | 3

Il est souvent décrit comme « le 6000 le plus accessible au monde ». Bien que cette assertion me paraisse douteuse, le Huayna Potosi, culminant à 6088m d’altitude n’a en effet rien de très technique. Cette relative facilité et sa proximité avec La Paz en font un défi très prisé des voyageurs néophytes qui veulent se mesurer à l’altitude et s’initier à l’alpinisme, ou plutôt l’andinisme comme on l’appelle ici.

Quand nous préparions notre voyage, j’avais il est vrai vaguement considéré la possibilité de relever ce défi, mais sachant qu’Aurélie ne serait pas de la partie, cette idée m’a rapidement quittée.

Elle a resurgi d’un coup à La Paz quand Mathieu, un ami français rencontré à Huaraz, cherchait un compagnon de galère pour réaliser l’ascension avec lui.

Avec les encouragements d’Aurélie, j’acceptai finalement.

Le choix de l’agence a été le fruit d’une intense réflexion. Nous hésitions entre Altitud 6000, l’agence croulant sous les louanges sur Tripadvisor et recommandée par tous les bouquins, plus chère évidemment, et une autre qui globalement avait des bons avis mais une ou deux critiques.

Nous avons finalement choisi la voie de la sagesse et opté pour la première agence. Un des arguments qui nous a décidé est qu’ils proposent des guides de haute montagne certifiés avec les standards internationaux.

La facture sera tout de même de 1350 bolivianos pour l’expédition, tout compris. Nous avons été très satisfaits de la prestation mais je serais incapable de dire si cela valait la peine de dépenser plus. Nous avons côtoyé des groupes partis avec d’autres agences : l’équipement semblait de qualité équivalente, notre nourriture semblait un peu plus variée, mais pour les guides, c’est plus difficile à dire. Nous avons eu des conditions climatiques exceptionnellement bonnes et c’est seulement au pied du mur qu’on différencie un bon guide d’un mauvais.

Deux options s’offraient à nous pour affronter ce monstre : en 2 ou en 3 jours. Dans l’option longue, le premier jour ne comporte qu’un court entrainement à la marche sur glacier avec crampons, a posteriori non indispensable, mais présente l’avantage de nous faire dormir à 4700m, ce qui permet une acclimatation plus douce et réduit le risque d’abandon dû au mal de l’altitude.

En bons débutants, nous avons joué une fois de plus la prudence et sommes partis sur 3 jours.

Jour 1 – Entrainement et acclimatation

Nous retrouvons tous les participants à l’agence au matin. 7 touristes, dont 2 font l’ascension en 2 jours, et 3 guides.

La première étape consiste à récupérer la matériel de prêt : chaussures, sac de couchage, pantalon, etc.
Un transport nous emmène jusqu’au premier camp. Nous ferons quelques stops photos en route pour admirer successivement la ville de La Paz depuis El Alto, puis le Huayna Potosi.

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Avant la bataille

A la fin du parcours, nous longeons une mine et un lac rouge sang, puis un pittoresque cimetière de mineurs  qui par son emplacement nous offre une vue inquiétante avec la montagne en fond.

Le cimetière de mineurs
Le cimetière de mineurs

Arrivés au refuge, on nous sert à déjeuner puis on récupère le reste de l’équipement : crampons, piolet, casque.

Direction le glacier à 45 minutes de marche pour s’entraîner à marcher encordés et avec des crampons. Cela n’a rien de bien compliqué et le briefing ainsi que les essais ne s’éternisent pas. En bonus, pour le fun car absent de notre parcours, les guides nous initient à l’escalade sur glace sur un mur difficile avec un léger dévers. L’expérience était brève mais m’a donné envie de recommencer un jour.

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Premiers pas sur glacier

Sur le glacier, on croise un groupe de militaires qui s’entraîne.

C’est globalement tout pour le premier jour. Nous dînons au refuge puis dormons rapidement.

Jour 2 – Montée vers le second refuge

Le jour 2 est bref. Après des pancakes au petit-dèj, on prend toutes nos affaires et on monte au second refuge. La marche se fait entre chemin et tas de caillou, mais nous contournons le glacier de la veille donc sans équipement. Vers midi, soit en moins de 3h, nous rejoignons le deuxième refuge à plus de 5100m d’altitude au pied du glacier que nous affronterons le lendemain.

Le chemin rocailleux entre le premier et le deuxième refuge
Le chemin est rocailleux entre le premier et le deuxième refuge

Après déjeuner, il ne reste plus qu’à tuer le temps en admirant la vue. Certains décident de jouer dans la neige. Le dîner est servi vers 17h, bien calorique, et nous devons presque nous forcer à manger.
A 18h, tout le monde au lit et réveil prévu à minuit.

Jusqu’ici épargné, et malgré l’ingestion massive de mate de coca, je commence à ressentir les effets de l’altitude, en particulier un mal de tête persistant qui va m’empêcher de dormir.
Je ne suis pas le seul car j’entends plusieurs personnes se tourner et retourner dans leur lit.

Jour 3 – L’ascension

Au « réveil », je me sens légèrement nauséux, ce qui ne présage rien de bon pour la suite.

On mange encore : un petit-déjeuner parait-il !

Puis on s’équipe. En dehors de ce qu’on a sur nous, l’idée est de partir avec le minimum pour ne pas s’alourdir.

Dehors, le temps est clair comme de l’eau, la lune quasi-pleine et il n’y a pas un brin de vent : la température est donc d’une douceur incroyable pour l’heure et l’altitude. Ça semble presque trop facile.
Sur la paroi qui nous fait face, on voit déjà une rangée de lumières provenant des marcheurs qui commencent déjà l’ascension, une quinzaine au total en incluant les guides. Nous sommes à vrai dire les derniers à partir.

Le guide qui a accompagné les 2 qui ont fait l’ascension en 2 jours est remonté au 2e refuge hier pour repartir avec notre groupe. Nous avons donc 3 guides pour 5. Les autres touristes sont un couple de français, la quarantaine, et un jeune irlandais.
Mathieu et moi sommes encordés ensemble avec un des guides. Je ferme la marche, ce qui signifie que je serai en tête lors de la descente.

L’ascension débute par un mur large et assez raide. On reste groupés tous les huit au début.
Il est suivi d’une partie plus plate, puis d’une première difficulté avec un passage raide qu’on franchit en longeant une crête étroite.

Le début de l'ascension
Le début de l’ascension (vu de jour)

On arrive sur une grande plaine avec une vue magnifique sur le sommet. La clarté de la lune est telle que certains éteignent leur lampe frontale. En la traversant, nous passons le long de gigantesques crevasses. On dépasse une cordée dont on apprendra plus tard qu’ils ont abandonné. Un peu plus loin, on croisera une autre fille en train de rebrousser chemin. On fait des pauses régulières pour reprendre notre souffle, indispensable à cette altitude. Le guide a emmené du mate de coca sucré dans un thermos. La température est clémente et je ne suis vêtu que d’un t-shirt à manches longues en laine et de ma veste en gore-tex.

A un moment donné, on voit apparaître les milliers de lumières oranges d’El Alto, la banlieue perchée de La Paz. C’est un spectacle incroyable.

Nous nous séparons alors pour que chaque groupe marche à son rythme. Nous passons en tête et dépassons également quelques autres groupes. Débute alors une longue partie de montée modérée en longeant le sommet sur la gauche. Avec l’altitude, la difficulté va crescendo. Les pauses se font plus rapprochées. Il fait aussi plus froid et on finit par enfiler les polaires.

Alors que les premières lumières de l’aube apparaissent, nous entamons la dernière partie, la plus difficile. Nous devons grimper le mur le plus raide de l’ascension, d’une cinquantaine de mètres de hauteur. Au bout, nous avons déjà la vue sur la vallée de l’autre côté, faite de roche noire, qui s’étend au loin sans un brin de neige, ce qui contraste avec tout ce blanc qui nous entoure. C’est si beau que j’ai presque envie de pleurer.

C’est la dernière ligne droite : il nous faut longer la crête jusqu’au sommet. C’est la partie la plus stressante pour moi qui aie peur du vide. Au plus étroit, le chemin fait 25cm de large, entouré des deux côtés par le vide. Je marche prudemment en regardant par terre. Finalement, je me sens bien assuré avec des crampons qui agrippent solidement la neige. Nous croisons les premiers groupes qui redescendent, seulement 3 touristes et leurs guides.

Victoire !
Victoire !

Victoire ! Après 5h de montée, nous arrivons au sommet, planté d’un drapeau bolivien. La récompense est immédiate : une vue à 360° sur les alentours, au soleil levant. Devant nous, une mer de nuage s’étend à l’infini, recouvrant El Alto et la Paz. A gauche, en-dessous, s’étend le blanc de la montagne que nous venons de dompter, et en arrière-plan se dressent quelques sommets noirs parsemés de blanc, tout comme derrière nous. A droite enfin, cette vallée noire et vallonnée qui s’étire jusqu’au bord du lac Titikaka que nous apercevons.

Je me dis que c’est une des plus belles choses que j’ai vues.

Nous profitons d’être seuls au sommet pour faire des photos de nous sous tous les angles et apprécier l’instant. Puis d’autres finissent par arriver.

Mathieu et moi au sommet
Mathieu et moi au sommet

Nous restons un petit moment encore puis entamons la descente, moi en tête. Bien que physique, notamment pour les cuisses, la descente est rapide. Même s’il est encore très tôt, la chaleur augmente rapidement. Maintenant qu’il fait jour, on découvre un peu plus la beauté de toute cette neige vierge qui nous entoure. Je profite des rares pauses pour prendre quelques photos mais le guide et Mathieu veulent presser le pas pour arriver avant que la chaleur soit trop forte et la neige trop molle.

Ça donne envie de redescendre en skis
Ça donne envie de redescendre à skis
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Vue sur le plateau et sur El Alto

Nous arrivons au camp haut en moins de 2h. Les autres arrivent au fur et à mesure. Tout le monde a réussi même la française du couple qui pourtant a vomi tout le long de l’ascension. Après une soupe, nous refaisons nos sacs et redescendons vers le camp bas. Ce dernier effort est une épreuve entre la chaleur, la fatigue, le poids du sac et les pierres qui se dérobent sous nos pieds mais mon esprit est 100% à ce que je viens d’accomplir. On est de retour à la Paz vers 13h, des souvenirs plein la tête et on fêtera ça le soir avec une gigantesque pizza.

Je ressors de là émerveillé et changé, avec l’envie de faire plein d’autres sommets.

On retiendra :
un « 6000 » peu technique, accessible aux débutants en alpinisme

la sensation et la vue uniques au sommet

– une agence et des guides sérieux, Altitud 6000, que je recommande sans hésiter même s’ils sont un peu chers

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3 Responses

  1. Jean-Marc DELPHIN

    BRAVO !!!

  2. Impressionnant !
    Haaaaaa c’est autre chose que le baou de St Jeannet 😉
    Bientôt l’Aconcagua alors ?
    Bises à vous 2 Steph

    • Jérémie

      Je pense que sans mon entraînement au baou de Saint-Jeannet j’aurais jamais réussi 😉
      On est justement à Mendoza du côté de l’Aconcagua si j’ai 5 min je vais ptet grimper…

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