Torres del Paine – Le « W »

Torres del Paine – Le « W »

Classé dans : Chili | 6

C’était un des moments que nous attendions avec le plus d’impatience dans notre voyage, mais je dois dire avec une certaine appréhension également : faire un trek dans le parc national Torres del Paine.

De l’impatience car beaucoup de monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’un des plus beaux endroits pour randonner en Amérique du Sud.
De l’appréhension car c’est la première fois que nous partions pendant 6 jours en « autonomie », c’est-à-dire en emportant son matériel de camping et sa nourriture avec soi. Restons très modestes cependant, ce n’est pas le genre d’aventure où vous vous retrouvez seuls en mode survie, non. C’est plutôt une sorte « d’autoroute » de la rando où les touristes se pressent le long du chemin telle une colonie de fourmis ou presque. Même si nous choisissons comme beaucoup de monde de tout emporter pour une question de coût, les camps proposent différentes gammes de logement et il y a de petits boutiques pour se ravitailler.

Le parc

Revenons un peu au parc lui-même. Situé dans le sud de la Patagonie chilienne, son paysage est typique de la région avec lacs, glaciers et montagnes.

Son nom vient de ses trois immenses tours (les torres), des sommets monolithiques et à pic quasiment uniques au monde.

Il est situé à une centaine de kilomètres de Puerto Natales.

Le trek

Il y a plusieurs possibilités de trek et autres activités dans le parc. Le plus célèbre trek est appelé le « W », en raison de la forme de son tracé sur une carte. C’est celui que nous faisons.

Il s’agit de longer successivement trois vallées et de revenir. Ceux qui ont plus de temps complètent une boucle au lieu de revenir sur leurs pas.

Le trek est généralement complété en 4-5 jours par un marcheur moyen. Nous avons choisi de prendre notre temps et aussi de rajouter un petit bout au circuit original, aussi nous avons prévu de le faire en 6 jours.

La préparation

Nous ne voyageons pas, vous le savez, équipés pour le camping. Heureusement, il y a à Puerto Natales de nombreux endroits où il est possible de louer (ou d’acheter) tout le matériel nécessaire, avec des prix d’ailleurs très variables. Nous avons presque tout loué à El Sendero pour des prix défiant toute concurrence : tente, duvets, matelas et kit de cuisbon. Nous avons trouvé ailleurs des bâtons pour Aurélie, ainsi que des sur-pantalons de pluie et des gants. Ces deux derniers articles ne nous ont pas servi.

La nourriture était un sujet délicat. Il fallait emporter la bonne quantité pour avoir suffisamment sans trop s’alourdir, mais aussi bien choisir ses produits : un juste équilibre entre les saveurs, la variété, et le poids des aliments transportés, et la facilité de cuisson.

Comme vous pouvez l’imaginer, tout ce qui est sec voire déshydraté est préféré. L’eau potable abonde dans les rivières sur le chemin donc de ce coté pas de problème. Dans notre garde-manger se trouvaient pêle-mêle : pain, charcuterie, polenta, riz préparés, soupes déshydratées, fruits secs et noix, thon, coulis de tomate, manjar, crackers, thé, épices, biscuits, etc. On avait déjà acheté certaines choses avant d’arriver à Puerto Natales, ce qui était judicieux car même si les supermarchés sont grands et bien achalandés à Puerto Natales, l’approvisionnement n’est pas quotidien et nous ne sommes pas les seuls touristes à se ruer sur les plats déshydratés…

Je dois dire que pour une première, je suis fier de nous : on a géré la quantité comme des chefs. On a terminé nos réserves juste à la fin, tout en ayant bien mangé pendant tout le parcours.

L’autre partie de la préparation consistait à étudier le parcours. On a récupéré une bonne carte à l’office du tourisme et on a discuté avec différentes personnes rencontrées ça et là. De la nous avons convenu notre parcours en 6 jours.

Jour 1 – Transport + arrivée au camp Grey

Aux aurores, on rejoint la gare routière de Puerto Natales depuis notre auberge. A cette heure-ci, l’avenue est uniquement peuplées de silhouettes de voyageurs en sacs à dos, débouchant de chaque petite rue et convergeant lentement et silencieusement vers le terminal, ce qui me fait très sérieusement penser pendant l’espace d’une seconde à une invasion zombie.

6 ou 7 bus remplis prennent simultanément la route du parc. Si on ajoute les transports privés, on comprend aisément pourquoi on lit partout que nous ne serons pas seuls.

L’organisation à l’entrée du parc est militaire : 1 queue pour payer, 1 pour remplir un formulaire, etc. Ensuite, on nous fait un petit speech et on nous diffuse un film avec consignes et règlements. On ne plaisante pas avec la sécurité et en particulier les feux de forêt. Quelques années auparavant, des touristes israéliens ayant fait un feu à un endroit interdit ont déclenché un gigantesque incendie ravageant des hectares de forêt…

Le bus continue dans le parc pour nous déposer ensuite à l’embarcadère pour prendre le bateau qui traverse un lac et nous emmène au départ de notre trek. Sur la route, on croise des guanacos, un cousin sauvage du lama. En attendant le bateau on a le temps d’aller jeter un œil à une chute d’eau à 10mn de là. On a également une vue d’ensemble du massif montagneux autour duquel on va randonner. C’est splendide et on commence à être impatients de commencer.

IMG_5058Le bateau nous emmène à notre point de départ. Le trajet du premier jour est relativement court et moyennement technique mais nous sommes extrêmement chargés donc ce ne sera pas de tout repos.

Aurélie peine vraiment car pour la première fois de sa vie elle porte un sac conséquent. Chaque pas lui paraît une torture. Pourtant c’est une bonne marcheuse mais elle apprend à ses dépends qu’avoir un sac de 10 kilos sur le dos ça change vraiment tout !

Les débuts
Les débuts

Passée la première colline, un vent terrible se met à souffler, à me demander si j’ai déjà été aux prises avec un souffle si puissant. A mi-chemin, nous arrivons à un point de vue éloigné sur le glacier Grey, et le lac dans lequel il se termine. Le vent est si fort qu’on ne s’éternise pas.

Première vue sur le glacier au loin
Première vue sur le glacier au loin

Nous mettons près de 5h à atteindre le refuge Grey. C’est un camp bien équipé avec toilettes, douches et salle commune en dur, et une petite boutique aux prix prohibitifs. On peut louer des tentes déjà montées. A côté du camping, il y a aussi des chambres et un restaurant pour ceux qui ont les moyens. Le site est fabuleux, au pied d’une montagne au sommet enneigé. On inaugure notre petit réchaud dans la salle bondée de monde pour un dîner rapidement expédié. S’en suit une douche dans la salle de bain où des bottes n’auraient pas été de trop. Nous tomberons alors rapidement dans les bras de Morphée, fiers d’avoir tenu bon.

La popote
La popote

Jour 2 : le glacier

La journée suivante est celle que nous avons ajoutée à l’itinéraire classique du « W » afin d’aller regarder le glacier Grey sous toutes les coutures, en apprécier les cinquante nuances… Il s’agit d’un aller-retour et nous dormons au même camp. Nous pouvons donc laisser notre tente et n’emporter que le strict minimum ce qui fait une sacrée différence avec la veille.

A une heure du camp, il y a un point de vue situé à peu près au niveau où le glacier se jette dans le lac. Beaucoup de gens qui font le « W » viennent jusque là en arrivant le premier jour. L’avantage d’avoir pris une journée, c’est que nous serons seuls toute la matinée et aurons l’impression d’avoir le glacier pour nous ! Un tête-à-tête avec un monstre pareil ça vaut tous les détours du monde.

Le bout du glacier
Le bout du glacier

En continuant, on arrive sur une corniche qui longe le glacier et nous permet d’en prendre toute la mesure.

IMG_5175Le sentier est assez difficile : on traverse de profonds lits de rivières.

Aurélie s’arrête à un endroit où la vue est particulièrement dégagée et décide qu’elle n’ira pas plus loin pour aujourd’hui. Je la laisse profiter de ce moment spécial et continue pour ma part jusqu’au camp suivant.

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Le glacier Grey

Je profite de ma solitude pour marcher plus sportivement. Je me retrouve au même rythme que quelqu’un d’autre pendant tout le trajet.

Vue sur les montagnes de l'autre côté du chemin
Vue sur les montagnes de l’autre côté du chemin

Il n’y a pas beaucoup plus à voir que là ou j’ai laissé Aurélie mais juste avant le camp il y a un belvédère sympa. Au moment où j’y arrive, je tombe sur un mec, de dos, totalement nu, les bras écartés et une fille qui le prend en photo. Surpris, je vois qu’il se rhabille. Je continue ma route jusqu’au camp et comprend qu’il n’y a rien voir donc je retourne au point de vue me poser 5 minutes et prendre des photos. Cette fois-ci, c’est la fille qui est à poil, ou plutôt en petite culotte et qui prend la pose. Ok…

Le mec qui marchait à la même vitesse que moi s’arrête également. On engage la conversation et il me dit qu’il travaille au camp Grey et fait une promenade sportive pendant sa pause. Du coup, il sort des bières de son sac et m’en offre une !

Je retrouve ensuite Aurélie en pleine méditation et on revient au camp. En arrivant, on tombe sur le cousin de Woody woodpecker en train de faire un trou. On aura eu un temps merveilleux toute la journée.

Jour 3 – D’une vallée à l’autre

Le jour 3 consiste à revenir à notre point de départ puis de traverser vers l’entrée de la vallée suivante. Ça sera une journée difficile, avec vent et un peu de pluie au programme et aucune vue spectaculaire. On a qu’une envie c’est d’arriver. En plus, on réussit encore à se perdre de vue Aurélie et moi, un peu comme à Pucon. Ce qui nous vaudra un bon coup de fatigue à tous les deux a courir l’un après l’autre, ne sachant pas qui est devant et qui est derrière. Notre nouvelle spécialité !

Notre camp, le campamiento italiano, de situe en sous-bois au bord d’une rivière et à l’entrée de la Valle Francés. Celui-ci est gratuit et donc bien moins équipé. On doit faire à manger dehors dans le froid. Autant dire que ce sera vite expédié.

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Notre tente

Jour 4 – Valle Francés

Deuxième jour important qui consiste à remonter la vallée jusqu’à un point de vue. Il fait beau et chaud et la marche est essentiellement à l’ombre, en forêt. Autant dire que les conditions sont parfaites. Comme le deuxième jour, on laisse nos sacs et on petit donc monter légers, ce qui tombe bien car ça grimpe.

Parée pour la grimpe
Parée pour la grimpe

Après avoir parcouru environ un tiers de l’ascension, on arrive à un point de vue exceptionnel sur le glacier français (rien à voir avec Berthillon), complètement différent du Grey car à flanc de montagne. Le mont Paine Grande qui le supporte est gigantesque même si on a du mal à s’en rendre compte. Le grand jeu est d’attendre que des éboulis se produisent dans un fracas retentissant, ce qui ne manque pas de se produire avec le grand soleil qu’il fait. Ces scènes nous captivent pendant une bonne demi-heure et nous nous y arrêterons de nouveau au retour.

Le glacier frances
Le glacier Frances

Quand on se retourne, on a également une vue imprenable sur le lac.

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Notre ascension nous amène au campamiento Britanico, un ancien camp, le but de notre randonnée du jour. Le point de vue est au milieu d’un cirque absolument incroyable, coincé entre des sommets très différents, certains enneigés, d’autre non. On s’attarde à ce point de vue unique. Un sentier permettait de monter encore plus haut mais il est fermé de manière permanente.

Point de vue circulaire sur la vallée
Point de vue circulaire sur la vallée

Au retour, on retrouve un groupe de français rencontrés à El Calafate, qui font la grande boucle, pas le « W’, en 6 jours et qui nous ont rattrapé. Ils ont un trop forcé et sont cassés.

On apprend également que le camp gratuit où on avait prévu de dormir la quatrième nuit nécessite une réservation qui doit se faire depuis le camp où nous sommes car il a une capacité limitée. Malheureusement, on s’y prend trop tard et il est plein : on devra se rabattre sur le camp payant plus bas.

Bref, la journée n’est pas terminée car on ne dort pas au même camp qu’hier. On doit lever le camp et avancer. On marchera encore 2h30 ce jour-là.

Juste avant le camp on arrive sur une plage qui borde le lac. Il y a quelques personnes qui relèvent le défi de se baigner. Après 30 secondes d’hésitation, je me jette à l’eau, au sens propre, pendant quelques secondes seulement, le temps de faire quelques brasses. Il ne faut pas oublier que c’est de l’eau est alimentée par les glaciers à deux pas d’ici.

Je l'ai fait
Je l’ai fait

On arrive au camp, équipé et bien animé. On se fait un petit goûter au coucher de soleil pour admirer les Cuernos del Paine , signifiant les cornes du Paine. Au nombre de trois, ces sommets se distinguent par leur forme massive mais surtout par leurs couleurs. Leurs sommets et leur base sont de couleur foncée, constitués de matériaux sédimentaires. Alors que la partie centrale est nettement plus claire car faite de granite. L’érosion a ensuite fait son travail pour donner cet aspect si singulier.

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Les cuernos del Paine

 

On rencontre 3 français sympas avec qui on partage la table au dîner.

Jour 5 – Nouvelle transition

Comme le jour 2, c’est un jour de transition. On se rend dans la troisième vallée, celle qui nous permettra d’accéder aux torres. Le temps est maussade, la marche relativement monotone au début. La dernière partie est costaud, avec une grande montée et une fois en haut on longe une rivière loin en contrebas. On y arrive relativement tôt. On s’installe près de la rivière. La nuit sera fraîche !

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Jour 6 – les Torres del Paine

C’est le clou du spectacle, le moment « wahou » du trek : les fameuses torres, les tours.

Pour profiter du meilleur spectacle, il faut venir au lever du soleil nous a-t-on dit… On obtempère : cela signifie qu’il faut partir à 4h du mat’, en pleine nuit, dans le froid et à la frontale pour arriver au point de vue à temps. Et ça ne rigole pas : après une demi-heure de marche en sous-bois, on arrive près du camp gratuit qu’on a pas pu réserver. On voit un renard passer furtivement devant nous.

Commence alors la montée, raide, très raide. Heureusement, nous sommes une fois de plus sans nos sacs. Les lumières des frontales forment une ligne sur la montagne et nous indiquent qu’on a encore du chemin avant d’arriver. La fin de l’ascension se fait sur un terrain pierreux. Lorsqu’on approche du sommet, les premières lueurs de l’aube emplissent la vallée.

Puis c’est enfin la récompense : les immenses pitons rocheux se dressent devant nous, tellement raides que la neige ne peut s’y accrocher. A leur pied, une montagne plus « classique » qui se jette dans le petit lac qui arrive jusqu’à nous.

Nous ne sommes pas les premiers. On trouve tant bien que mal une bonne place pour assister au « spectacle ». Des gens sont venus avec leur sac de couchage et attendent tout emmitouflés. Nous on rajoute quelques couches de vêtements que nous avons emmenés.

Certains sont aux premières loges
Certains sont aux premières loges

Bien avant que les premiers rayons du soleil ne fassent leur apparition, la clarté est grande et nous admirons longtemps ces merveilles de la nature. Comme on a aucun repère visuel, on se rend pas compte (et sur les photos encore moins), mais la plus haute tour (la plus pointue sur la photo) mesure environ 1200m depuis sa base qui tombe en une falaise abrupte (50% plus haute que la plus haute tour du monde). Nul besoin de préciser que ce sommet est extrêmement difficile à escalader.

Quand le soleil arrive enfin au-dessus des montagnes derrière nous, les tours prennent une lueur dorée. Le spectacle est unique.

Les premiers rayons éclairant les torres
Les premiers rayons éclairant les torres

On reste un peu plus longtemps que tout le monde pour être presque seuls avec la montagne, puis nous redescendons pour terminer notre trek. On passe devant un arbre déraciné dont les racines ont été recouvertes de pierres par les marcheurs.

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De retour au camp on a le temps de tout ranger, de prendre une douche et de se faire une bonne polenta en discutant avec tous les français rencontré sur le parcours !

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Au niveau des hôtels, une navette payante ramène à l’entrée du parc. Boosté par notre aventure, je décide de faire ces derniers 7 kilomètres à pied tout seul.

En attendant le bus qui nous ramène en ville, on retrouve tous les français rencontrés et on se raconte nos exploits et nos déconvenues. Des guanacos paissent tranquillement non loin de là viennent nous dire au revoir.

Guanaco
Guanaco

On jette un dernier oeil au massif du Paine avant de rentrer. C’est vraiment un endroit exceptionnel.

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On retiendra :

  • un cadre splendide et des paysages variés : glaciers, lacs, montagnes, les « tours »
  • un trek exigeant, et très couru, mais inoubliable
  • le temps aléatoire, même si nous avons été super chanceux

 

Woody woodpecker

6 Responses

  1. Elodie ESTELLE

    C’est un très bel article, le paysage est juste magnifique !! Je suis très jalouse hein …..
    Mais je vous remercie de partager vos bons moments avec nous, c’est comme si que j’ai fait le trek avec vous ^^

  2. Stéphanie st denis

    Vous êtes trop forts! Toutes ces randos wouaahhh….
    Grâce à vos articles je randonne tout en restant dans mon canapé hahahahah Génial

  3. Wahouuu, c’est trop magnifique!
    Profitez de chaque instant.
    Des bisous

  4. Je suis jaloux j’avais un temps pourri au glaciar grey !! Très bel article en tout cas, ça résume bien le W !
    Bises du Guatemala, au bord de l’eau sous les palmiers !

  5. […] Jérémie me rattrape à bout de souffle, transpirant et inquiet. Lui ne m’avait pas vu passer pendant sa pause et était redescendu au point de départ pour me chercher croyant que m’étant senti mal, j’avais fait demi-tour. Ceci jusqu’à trouver deux filles qui lui affirmèrent ne m’avoir pas vu du tout ! Ha oui cela explique le niveau de fatigue et ça me rappelle une histoire ou deux, pas vous ? Si ce n’est pas le cas lisez donc l’article sur Pucón ici ou sur le W trek là […]

  6. Max Boxeur

    Wahouuu, c’est trop beau!
    Profitez de tous les instants.
    ++

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