Valparaíso

Valparaíso

Classé dans : Chili | 4

Dans l’imaginaire collectif, Valparaíso est parfois encore vu comme un port mythique, prospère et exotique. Oubliez tous ces clichés d’un autre âge : il y a déjà près d’un siècle que le canal de Panama a donné le coup de grâce à l’opulence déjà entamée par l’épuisement des mines de la région. Même au niveau local, la ville a été supplantée comme destination balnéaire de choix par ses voisines chics comme Viña del Mar.

Valpo comme on la nomme ici n’est plus que l’ombre d’elle-même… Mais avez-vous déjà vu une ombre en couleurs ? Car Valpo en est pleine. Au lieu de péricliter tristement, elle le fait dans une explosion créatrice. Elle est bohème, artiste.

Imaginez la plus grande galerie d’art à ciel ouvert, de la taille d’une ville : le Louvre du pauvre. Des graffitis par millions. Il n’y a pas un seul mur de la ville qui soit à l’abri des bombes… de peinture s’entend. Mais au lieu de trembler, les habitants ont pris les devants. Ils font appels aux meilleurs artistes de la ville pour recouvrir leurs façades, les noms des graffeurs les plus respectés étant la meilleure protection contre les vilains taggueurs (voir ici pour les néophytes) qui n’oseraient quand même pas profaner un tableau de maître.

Mais trêve de blabla, place aux photos. Une fois n’est pas coutume, je vous en mets un paquet.

Ce qui frappe le plus, c’est la variété des styles et des sujets. On est pas seulement dans le « gros graf urbain ». Ici tout le monde peut s’exprimer. On trouve des personnages loufoques, des sujets politiques ou poétiques, de la science-fiction, du fantastique, de l’abstrait et même des paysages façon peinture à l’huile « des familles ». Bref, ici y’a pas de street credibility qui tienne.

Mais les aérosols ne sont pas les seuls pigments qui bariolent Valparaíso. Il y aussi le patchwork des maisons, toutes peintes d’une couleur vive et différente. La raison est historique. Valpo est composée de 45 cerros (collines), qui fractionnent la ville. Aussi, la création des rues s’est faite de manière chaotique et il était difficile de trouver un lieu grâce à son adresse. Les habitants ont donc trouvé plus simple de peindre leur maison d’une couleur originale et pouvaient simplement dire aux gens : « j’habite la maison bleue, accrochée à la colline ». Cette tradition s’est perpétuée pour aboutir à la mosaïque d’aujourd’hui.

Par son passé de port majeur du continent, ces maisons sont le plus souvent construites avec du bois provenant de bateaux, et des éléments architecturaux empruntés au monde naval sont utilisés.

Cette architecture particulière a valu au centre historique de la ville d’être classé au patrimoine mondial par l’UNESCO pour le protéger. Néanmoins, ce n’est pas le fruit du hasard : le dossier a été monté par un groupe de riverains mécontents du sort qui a été réservé un immeuble de la place principale Sotomayor. Ce dernier étant trop petit, les propriétaires ont décidé de rajouter des étages mais pas n’importe comment : un gros cube de verre et d’acier qui contraste fortement avec le style de l’immeuble d’origine. On dirait un immeuble posé sur un autre. Ça n’a pas été du goût de certains qui ont dit « plus jamais ça ».

Un immeuble sur un autre
Un immeuble sur un autre

L’aspect positif de cette décision est de protéger le patrimoine. Cela signifie qu’on ne peu modifier l’aspect des bâtiments et qu’ils doivent être rénovés à l’identique. Le revers de la médaille, c’est que cette rénovation coûte cher et que tous les propriétaires ne peuvent pas se le permettre. Si on ajoute que la ville est sujette à de très fréquents séismes qui endommagent les édifices, on peut imaginer le problème que cela pose. Il y a donc un certain nombre de bâtiments en mauvais état qui ne peuvent ni être rénovés, ni détruits, ni même vendus. En effet, à cause des coûts et des contraintes, les investisseurs potentiels ne ne bousculent pas aux portes.

Lors de la visite guidée, on a même vu un bâtiment totalement délabré dont seule la structure tient debout. Le guide nous explique que le propriétaire attend désespérément qu’un séisme vienne l’achever, auquel cas, le bâtiment étant détruit, le principe de rénovation ne s’applique plus. Malheureusement, le satané bâtiment est têtu : il s’acharne à rester debout alors que ses voisins tombent les uns après les autres à chaque tremblement de terre.

Le géographie vallonnée de Valparaíso lui a donné une autre particularité : ses acensores. Ils sont en fait mal nommés car ce sont des funiculaires ; ils jalonnent la ville et permettent de gravir les différents cerros. Ils sont tous d’origine, construits en bois et l’intérieur me rappellent les vieux ascenseurs qu’on trouve encore parfois en France. Certains sont encore utilisés comme mode de transport bien que les bus et voitures montent désormais sur les collines mais le prix de ceux qui conduisent aux lieux touristiques ont augmenté, aussi ils ont tendance a être désertés par les locaux. Je me pose sérieusement la question de combien de temps ils pourront encore être conservés sachant que la main d’œuvre pour la maintenance devient difficile à trouver.

Vous l’aurez compris, ses graffitis, ses maisons colorées et ses ascensores font de Valpo une ville idéale pour simplement déambuler au hasard des rues. Cependant, ce n’est pas tout : de son passé glorieux, il reste quelques vestiges à visiter.

On citera la maison de Pablo Neruda, le fameux poète chilien, ou plutôt l’une d’entre elles. Ses trois demeures principales ont été transformées en musées. Nous avons été jusqu’au pied de la demeure mais devant le prix d’entrée (CH$ 5000), nous avons décidé de passer notre tour. Sur quatre niveaux et accrochée à une colline, elle jouit d’une vue imprenable sur la baie.

L’autre bâtisse qui m’a beaucoup plus marquée est le Palacio Barburizza, l’ancienne maison d’un bourgeois de la ville, mort sans héritier, qui est revenue à la ville. Longtemps inutilisée, un temps squattée, elle a finalement été réhabilite et transformée en musée. Originale à l’extérieur, de style art nouveau, elle vaut vraiment le coup d’œil. Nous avons visité l’intérieur, beaucoup plus classique. Elle contient une collection de peintures dont le propriétaire était un grand amateur. Ce n’est pas un immanquable. La seule particularité est qu’il y a tout un système de demi-étages qui font qu’on se retrouve désorientés et on a l’impression de descendre plus qu’on a monté (ou inversement). J’ai aussi aimé la salle de bain, qui a été gardée intacte. Comme le propriétaire était riche, il s’était fait installer dans sa douche un système d’hydromassage hyper sophistiqué pour l’époque.

La ville est réputée pour ses poissons et fruits de mer. On a été au marché pour manger du poisson à prix raisonnable mais nous avons été déçus. Je pense que pour bien manger, il faut y mettre le prix.

Même si on ne s’y éternise pas, on tombe facilement amoureux de cette ville unique, curieux hybride entre une ville de pêcheurs rouillée, un grand port à la gloire passée, une ville occidentale pour ses grafs, et une pointe de Montmartre pour ses collines, ses pavés, ses artistes… et ses touristes.

On retiendra :

  • ses rues pavées et pleines de graffitis dans lesquelles on aime déambuler
  • ses collines parsemées de maisons colorées desservies par les ascensores
  • le Palacio Barurizzba et son architecture unique

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Allez, c’est cadeau :

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4 Responses

  1. Hello trop belle cette ville Jaime beaucoup. Vous deviez avoir des couleurs plein la tête en fermant les yeux le soir . par contre ça représente combien en euro l’entrée a la maison ? Bisous a vs deux.

    • Coucou merci Audrey!!! Ça fait 7,5euros. Notre budget journalier étant de 30 euros par personnes par jour pour manger dormir transports et activités !

  2. Super Article ! J’ai beau avoir arpenté la ville 2 fois à 5 ans d’intervalles, je ne reconnais pas la majorité des grafs que vous avez mis en photo !! Par contre c’est dommage pour la maison de Nerduda l’intérieur vaut le coup aussi… Mais ça vous fera l’occasion de revenir eh eh !

    • Eh merci! Comme tu dis… On a hésité mais bon on boit plus de bière au carnaval !

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